La dernière
œuvre de Michel-Ange bénéficie désormais d'un musée à son nom
au sein du complexe du Château des Sforza.
La
dernière
Pietà de Michel-Ange, retrouvée inachevée dans
son atelier romain à sa mort en 1564, est probablement l'une des
œuvres les plus émouvantes de l'artiste. On y distingue deux corps
fragiles et douloureux, aux visages indéfinis, deux personnages dont
le plus frêle soutient l'autre, tous deux encore à peine émergés
du bloc de marbre. Mort, le Christ glisse, les jambes abandonnées.
Son torse étroit est strié de traces d'outils, et son dos est
encore pris dans une épaisse gangue de marbre. La Vierge, penchée
en avant, est elle aussi prisonnière de son fardeau de pierre, comme
sans doute de son chagrin. Malgré son inachèvement – ou peut-être
grâce à lui – le groupe dégage une émotion incomparable.
Œuvre
complexe, éminemment tragique, témoin des profondes réflexions de
Michel-Ange sur la destinée humaine, la dernière œuvre du maître
est aussi un précieux témoignage sur sa technique de travail. Des
coups de pointes secs et vigoureux pour dégrossir le bloc, au
passage plus léger de la gradine sur la peau des personnages, et
jusqu'au polissage le plus achevé, notamment dans les jambes du
Christ, toutes les étapes du travail du bloc de marbre sont
simultanément présentes dans la
Pietà Rondanini. Comme si,
arrivé au terme de son existence, Michel-Ange faisait fi de toutes
les règle, modifiant sans cesse sa composition, achevant telle
partie et recommençant telle autre, jusqu'à aboutir au plus près
de l'idée à laquelle il tentait de donner une réalité matérielle.
Le bras droit du Christ, séparé du reste du corps, ou encore un
deuxième visage de la Vierge, discernable dans la gangue de marbre
qui entoure encore sa tête, témoignent miraculeusement de ces
repentirs, de ces changements soudains de direction, de cette
recherche permanente.
Réapparue
seulement en 1807 dans un inventaire de la collection de Giuseppe
Rondanini à Rome, l’œuvre fut acquise par la Ville de Milan en
1952. À cette époque, la
Pietà était encore très
méconnue, car d'un accès moins facile que d'autres
Pietà de
Michel-Ange – notamment celle de Saint-Pierre et celle de Florence.
C'est ainsi que Milan put acquérir sans véritablement de
concurrence la dernière œuvre de l'un des plus grands sculpteurs de
tous les temps. Longtemps exposée à la fin du remarquable parcours
de sculpture du Museo d'Arte antica du Castello Sforzesco, mais sans
véritablement de logique avec le reste de la collection, la
Pietà
Rondanini est depuis le mois de mai 2015 exposée au sein de son
propre « musée » dans l'ancien hôpital du château.

On
y accède par la grande cour d'armes du château. Plutôt qu'un musée
indépendant, il faut considérer cet espace comme une annexe du
Museo d'arte antica. Restauré pour l'occasion, l'hôpital se révèle
un écrin lumineux, à la fois suffisamment vaste pour offrir du
recul sur l’œuvre, et assez réduit pour ne pas gâcher l'émotion
intime et silencieuse qui émane d'elle. La
Pietà apparaît d'abord de dos. Il faut s'avancer, s'approcher, pour mieux l'apercevoir. On peut tourner autour du
groupe, en apprécier tous les détails, tous les points de vue, ce
qui n'était pas possible dans la précédente muséographie. La discrétion et la sobriété de l'aménagement de Michele De Lucchi doit être saluée. On regrettera peut-être seulement que le socle traditionnel de la
Pietà, un autel romain qui la soutenait depuis plusieurs décennies, ait été retiré au profit d'un socle assez banal, mais les
conservateurs ont eu l'excellente idée de le présenter dans une
petite salle adjacente.
Quelques autres œuvres accompagnent la Pietà, notamment une
version du Portrait de Michel-Ange en bronze, par Daniele da
Volterra, dont le Louvre possède également un exemplaire.
Le
Castello Sforzesco offre ainsi désormais un écrin adapté à une
œuvre majeure de ses collections, unicum
extraordinaire dans une collection dominée, pour ce qui
concerne la sculpture, par la production lombarde.
Lien :
http://www.milanocastello.it/it/content/la-piet%C3%A0-ha-cambiato-casa